• 5-Nina : Parfois le mauvais temps rapproche les corps

    Elle écoute en boucle les morceaux de Simon depuis le matin. Elle les a rapidement intégrés, ils ont l’air de sortir tout droit de ses entrailles. C’est la différence avec ses albums précédents. Maintenant il ne lui prend plus les tripes, il est ses tripes.

    Il lui a laissé quelques textes, aimerait qu’elle fasse le tri. Elle voudrait éviter de s’éparpiller, il faut à tout prix qu’elle finisse ses toiles mais n’arrive pas à quitter les mots de Simon. Des images se bousculent dans sa tête. L’inspiration. La confusion.  

    Elle cherche un peu de courage en se servant un verre de vin, s’allume une cigarette, met de la musique et croise les volets. Elle a toujours préféré peindre dans la pénombre.

    Elle attrape quelques tubes de peinture, fait quelques mélanges plutôt sombres sur sa palette et jette un œil sur la toile blafarde avant d’y poser timidement le bout d’un pinceau. Elle sent son ventre gronder et l’adrénaline qui monte. Un premier cercle noir se dessine, un début d’œil peut-être, elle cherche le relief dans l’épaisseur de la peinture, n’a pas assez de mains pour dire à la toile tout ce qu’elle a envie de lui dire.

    Deux jours plus tard elle se réveille toute habillée sur le canapé, la tête en vrac, elle a fini ses toiles. La première fois qu’elle peint aussi vite. Surtout la première fois qu’elle peint quelqu’un qu’elle connait.

    Il n’est pas reconnaissable, pour sûr, mais elle, elle sait qui c’est. Il a investi ses pinceaux, ses toiles. Elle ne pouvait penser qu’à lui. Elle refuse pourtant de comprendre ce que ça veut dire.

    Elle file dans la douche avant d’appeler Stan, il faut absolument qu’il voie ça.

     

    *

     

    « Ah oui, c’est… Wouhaou ! Et ça c’est Simon, donc ?! » Il en reste comme deux ronds de flanc.

    -Ben… Oui. Je crois que j’ai un problème.

    -T’es amoureuse, c’est loin d’être un problème. Et tu comptes faire quelque chose ? »

    Nina ne répond pas et cherche ses clopes nerveusement. Elle tremble. Ca se bouscule sec dans sa tête, en parler avec Stan ne l’aide pas tout à fait. Elle se sent un peu perdue.

    « Te mets pas dans cet état, Nina »

    Les larmes commencent à couler sur ses joues. Elle sait qu’elle ne pourra pas les arrêter, comme si les vannes s’ouvraient tout d’un coup. Stan la prend dans ses bras et l’emmène sur le canapé.  Elle se recroqueville contre lui et continue à pleurer, sans fin on dirait. Il essaie de la rassurer, de la convaincre qu’ils ne sont pas tous comme Arnaud. Il lui dit que ça va aller, qu’il faut vraiment qu’elle oublie ce connard et qu’elle aille de l’avant. Il lui dit qu’il s’y collerait bien mais qu’il est pédé, que c’est dommage mais que c’est la vie. Il veut la faire rire mais ça ne marche pas, elle est secouée de larmes.

    Après quelques minutes d’interminables sanglots, elle finit par  se reprendre et va se servir un verre d’eau. Embrasse Stan sur la joue en se levant. Sa peau est douce et lisse, ça fait tout drôle, il s’est rasé la barbe. Elle repense à celle de Simon, il lui monte une irrépressible envie de la caresser, encore. Il faut peut-être qu’elle se rende à l’évidence.

     

    *

     

    Rue Brisemiche, le lendemain, Nina regarde Simon s’avancer vers elle et son cœur s’emballe. Oui, elle a bien fait de l’appeler.

    Elle lui propose d’aller boire un café quelque part, il commence à pleuvoir et le vent se lève aussi. Sale temps pour un rendez-vous amoureux.

    « Alors, tu pars quand à Moscou ?

    -Mardi prochain. D’ailleurs si tu veux voir mes toiles il va falloir qu’on se cale ça rapidement, je dois les emballer pour lundi. »

    Simon la regarde fixement avant de lui répondre qu’il est libre comme l’air aujourd’hui. Ils n’attendent pas leurs cafés, se lèvent et filent en direction de son appartement. Ils courent  jusqu’au métro, cette foutue pluie ne s’arrête pas, et déboulent trempés sur le quai, pouffant comme des gamins. Elle a froid, elle commence à grelotter. Simon la prend dans ses bras pour tenter de la réchauffer.

    Parfois le mauvais temps rapproche les corps.

    Une fois chez elle Nina attrape des serviettes et ils se sèchent un peu, ses cheveux mouillés gouttent sur le sol et la pluie fait scintiller la barbe de Simon.

    « C’est dans la pièce à côté, je mets de l’eau à bouillir et je te montre. »

    Un thé bien chaud leur fera du bien et elle a besoin de se donner une contenance. Elle est morte de trouille. Elle installe les toiles un peu partout dans la pièce pour qu’il ait une vue d’ensemble, il ne dit rien. Elle lui tend sa tasse de thé fumante, le regarde dans les yeux un instant, il ne dit toujours rien. Elle est un peu déstabilisée, elle le sent extrêmement distant tout d’un coup, commence à regretter qu’il soit là. Il serre les mâchoires. Elle peut voir ses muscles saillir, et ça lui fait presque peur.

    « Et c’est qui, ce mec ? »

     

    La phrase a claqué comme un coup de fouet. 

     

    A suivre...

     

     

    L'intégralité de l'histoire ici : Entre Mes Mains

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