• Sally sûre d'elle

         Sally se réveille ce matin la gueule enfarinée. Elle est perdue. Elle sait qu’elle a un fils, un mari, un boulot, des amis. Et pourtant elle est perdue. Faut dire aussi qu’elle a vécu plusieurs vies, ces derniers temps, Sally. Elle a pris des chemins de traverse, des chemins caillouteux qui lui ont écorché les genoux, des épineux qui lui ont laissé des griffures, des glissants qui l’ont parfois faite chuter. Elle a sauté dans le vide, fait machine arrière, tourné en rond, puis est revenue au point de départ. Et malgré tout elle est perdue. Elle jette un œil au porte-clés histoire de faire un ultime point… Bon. La grille du chemin caillouteux, elle l’a fermée à double tour. Hors de question de laisser à nouveau ses genoux se faire écorcher. La porte en bois du chemin épineux aussi, bien fermée. C’est sûr qu’elle n’y remettra jamais les pieds. Elle y a déchiré sa jupe préférée, les ronces lui en ont fait trop voir, alors terminé. Le cadenas qui condamne la promenade le long du ruisseau aussi, un bon tour de clé. Trop dangereux. La mousse sur les galets super glissants, le passage trop étroit pour sa silhouette généreuse, non non non ça aussi c’est fini.

         Voilà. De bonnes choses de faites. Mais n’empêche que Sally, ce matin, se réveille la gueule enfarinée. Sally c’est le genre de nana qui n’a pas de limites, voyez. Elle y va toujours à fond. Quitte à se brûler les ailes, d’ailleurs. Tant pis. Même s’il n’y a pas d’issue, ou qu’elle est fatale, elle prend tout ce qu’elle peut en attendant. Même si elle a longtemps cru qu’elle donnait, Sally. Elle en a parlé un jour (ici). Elle a longtemps cru qu’elle donnait, et puis au final elle se rend compte que surtout elle prenait beaucoup. Elle a été une mère plus que présente, une épouse (parfois bancale), une amie (un peu comme elle a pu), et tous ces gens à qui elle pensait donner à outrance, en fait, elle leur prenait leur affection. Se nourrissait de leur présence. S’abreuvait de leurs rires, de leur tendresse, de leur amour, et de ce que ça provoquait chez elle. Pas grave si ça dure pas, tant que c’est là faut prendre. Finir le plat sans penser au mal de ventre qui suivra. Bon, ok, quand vient le mal de ventre Sally elle se trouve bien conne, hein. Et puis elle a bien mal aussi. Mais elle est comme ça.

         Sally, c’est une artiste. Ça aussi elle en a parlé (). Les artistes donnent à leur public mais pour se nourrir de l’amour porté en retour. Ben quelque part, Sally, dans la vie, elle est comme ça. Et comme tous les artistes qui se sentent terriblement seuls une fois le concert fini, en peignoir dans leur loge ou chambre d’hôtel, ben Sally se sent seule et perdue. Et se rend compte, à cette période charnière de sa vie, qu’elle n’a jamais appris à vivre seule. A vivre pour elle. A vivre face à elle. Elle, qu’elle ne connait pas si bien que ça. Elle pour qui elle n’a finalement que peu de respect et de considération. Elle qu’elle aurait voulu autre. Autrement. Sally, dont la vie a été si bien remplie, a fait ce qu’elle a pu pour être tout ce qu’elle a été. La seule chose qu’elle n’a jamais su être, Sally, c’est elle.

     

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